Film

Synopsis

Le souvenir d’enfance d’une musique terrifiante met le réalisateur, Sebastiano d’Ayala Valva, en quête de son mystérieux aïeul, le compositeur Giacinto Scelsi. Déclarant ne pas être l’auteur de sa musique et la recevoir des divinités, Scelsi interdisait qu’on le prenne en photo et vivait reclus dans son appartement à Rome. Ici, vers la fin de sa vie, il enregistra ses mémoires et sa pensée sur des bandes magnétiques, qu’il demanda de ne rendre publiques que quinze ans après sa mort. Scelsi revient dans ce film, tel un esprit, sous la forme qu’il a toujours privilégiée : l’onde sonore. Le réalisateur part à sa rencontre en écoutant sa voix, sa musique et les interprètes que Scelsi a choisi pour interpréter son œuvre. Une plongée verticale dans l’univers spirituel et sonore d’un artiste invisible.

Prochainement au cinéma
Distributeur France :
Les films des deux rives

Valva_Demeure d'enfance

Note de l’auteur 

Ce film nait d’une peur que j’ai ressentie lorsque j’étais enfant. 

 « Le premier mouvement de l’immobile » est une tentative de comprendre, voire de dépasser, cette peur.

Scelsi m’a aidé à concevoir la création en termes différents :  il m’a poussé à aller au delà de la conception restrictive de l’art conçue comme cathartique, ou comme l’expression d’un point de vue, ou encore comme le résultat d’idées personnelles. Il m’a poussé à développer plutôt un état de disponibilité qui permet de recevoir des choses qui nourrissent l’objet de mon art et ne font de moi qu’un intermédiaire. 

Pour arriver à cet état de disponibilité, qui implique d’aller au delà de soi, il faut dépasser son égo et arriver à cet « ailleurs » indéfinissable, autour duquel Scelsi a construit son existence créative. Les idées personnelles sont  un point de départ important de toute création, mais il faut s’en s’éloigner. Elles définissent nos intentions. Elles servent à nous rassurer.  Elles nous donnent l’illusion de la maîtrise. 

L’ailleurs, lui, nous fait peur. On ne peut pas le maîtriser. On entre dans une zone de danger et d’incertitude de laquelle on ne sait pas si on pourra revenir. Je pense que lorsqu’on écoute la musique de Scelsi, on touche à cet ailleurs invisible.  Pour lui, il s’agissait de fragments du son primordial, cette force créatrice qu’il voyait comme  l’origine de la création de l’univers. « Le son est le premier mouvement de l’immobile et cela explique la création ».

Le son agit sur nous et on lui reconnait une vie qui lui est propre.  On devient, malgré nous, ésotériques, animistes. La raison s’y oppose et nous fait éprouver une peur ancestrale, que la musique de Scelsi réveille en nous.

La peur est un obstacle à la création. Elle nous immobilise. Je pense que l’objectif d’une vie c’est de se débarrasser de ses peurs, ce qui est impossible bien sûr, mais il faut tendre vers cela et lutter contre notre pulsion de mort. On le fait dans le mouvement, en créant une dynamique qui permet de recevoir des choses d’un ailleurs qu’on ne comprend pas, mais que si on s’ouvre à lui, il ne cessera jamais de nous émerveiller. 

Maintenant que le film est terminé et que je regarde en arrière, il me semble que j’ai voulu célébrer la vie entendue comme existence créative, une existence qui fait naître des choses, qui crée de la forme, de la profondeur, de l’émotion.  Qu’elle soit due à la décadence physique ou à la la maladie de l’esprit, la fin de cette existence créatrice est terrifiante, plus même que la mort physique. 

« Le premier mouvement de l’immobile » est peut être cette pulsion de vie qu’est la créativité et que nous avons tous en nous.  C’est le premier geste qui met en route le processus créatif. Comme le dit un des personnages du film :  à la base de tout processus créatif, il y a un mouvement, une dynamique. C’est par cette dynamique qu’on se révolte contre l’immobilité et la disparition des êtres. Et on défie ainsi la mort, notre seule certitude.

Partition

Note du producteur 

Sebastiano d’Ayala Valva nous invite à un voyage au cœur du son

Avec son film « Le premier mouvement de l’immobile », Sebastiano d’Ayala Valva nous invite à un voyage au cœur du son, ce son pensé par Giacinto Scelsi comme une force créatrice. Pour nous entraîner avec lui, Sebastiano s’est appuyé sur la force narrative et dramatique du personnage de Scelsi, nous ouvrant imperceptiblement les portes de l’univers musical de son lointain cousin, le Comte d’Ayala Valva.

C’est cette promesse d’une narration forte inspirée par la complexité d’un personnage énigmatique qui nous a séduits immédiatement. « Le premier mouvement de l’immobile » est ainsi un film musical dont la musique n’est pas la porte d’entrée principale, les œuvres de Scelsi s’offrant à l’oreille du spectateur à mesure que le « mystère Scelsi » s’épanouit ou s’épaissit. L’œuvre musicale et la complexité de son créateur se trouvent ainsi intimement liées l’une à l’autre au cœur du film. Scelsi, compositeur majeur du XXe siècle, prit de son vivant un soin minutieux à fuir la célébrité. Lui qui allait jusqu’à déclarer ne pas être l’auteur de ses propres œuvres, nous a pourtant laissé par sa poésie et ses mémoires un jeu de piste énigmatique, au-delà de toute temporalité.

C’est ainsi que nous avons osé le pari d’un film documentaire qui tenterait, par la force de son scénario, de séduire les mélomanes convaincus autant que les novices de la musique contemporaine.

Le défi de réalisation n’en était pas moindre pour mettre en scène la vie d’un personnage qui vécut en tournant le dos aux photographes. Restait le seul matériau sonore… Scelsi avait pris le soin en effet d’enregistrer son message au monde sur des bandes Revox. Nous avons eu accès à ces bandes stockées et conservées à la Fondation Scelsi à Rome.

Pour illustrer visuellement et musicalement cette voix d’un autre temps, figée sur bandes magnétiques, Sebastiano a fait le choix de l’héritage et de la transmission artistique ;  il s’est tourné vers les rares interprètes  choisis par Scelsi de son vivant. Parmi ces musiciens d’exception, Michiko Hirayama, Carol Robinson, Joëlle Léandre, Livia Mazzanti, Marianne Schroeder et Aldo Brizzi ont apporté un soutien indéfectible au film. Leur investissement personnel fut une pierre angulaire du projet.

Scelsi envisageait  le son comme une énergie vibratoire de dimension sphérique. Nous avons tenté de rester au plus proche de cette vision singulière du son pour en proposer une retranscription  cinématographique innovante et ludique pour l’oreille du spectateur.

La bande son du « Le premier mouvement de l’immobile » a été pensée comme un hommage à l’intuition musicale d’un compositeur qui fut capable en son temps d’anticiper les révolutions numériques que nous connaissons aujourd’hui.

%d blogueurs aiment cette page :
search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close